CREER DES LIENS ENTRE NOS TOURS
Savoir réaliser un tour est la base de toute prestation magique.
Savoir en présenter plusieurs de suite est incontestablement rapidement indispensable.
A partir de ce moment, se pose à l’esprit de tout magicien la question suivante : comment créer un lien ENTRE nos numéros et comment s’assurer que ce lien crée un sens (une signification mais aussi une direction) à l’ensemble.
Il y a une infinité de possibilités, je vous en livre quelques-unes, en espérant que vous y trouverez votre bonheur, ou au moins, du grain à moudre lors de vos prochaine séances d’écriture !
Technique 1 : L’effet « Manhattan »
J’ai appelé cette méthode ainsi n hommage au film génial de Woody Allen, que je vous encourage évidemment à voir, ne serait-ce que pour la beauté de sa photographie, mais aussi pour sa bande originale endiablée !
En particulier, j’aimerais attirer votre attention sur la séance d’ouverture.
Le film s’ouvre sur des vues de Manhattan, tandis qu’une voix off raconte le début d’une histoire, qu’on imagine être l’introduction du film… et très vite, la voix off se reprend « Non ! Ça ne va pas du tout pour un début ! » alors c’est comme si le film revenait au début, avec la même voix off qui raconte une autre histoire, ou la même histoire mais sous un autre angle.
Selon cette structure, il est aisé de démarrer un premier tour et de déclarer à son terme « Non ce n’est pas du tout un tour d’entrée ! » et d’enchaîner un autre.
Il est possible de répéter ce dispositif 3 ou 4 fois sans aucun problème !
J’adore ces « faux démarrages » qui permettent déjà d’enchaîner trois ou quatre numéros, a priori sans rapport les uns avec les autres.
Il est bien évidemment possible d’utiliser le même stratagème à la fin (« Non ! On ne peut décemment pas terminer un spectacle comme ça ! »)
Ces entrées et sorties multiples sont très plaisantes à jouer, et très amusantes pour les spectateurs ; ce n’est pas un hasard si mon spectacle s’intitule « Labyrinthe » !
Technique 2 : Le crescendo.
Créer un crescendo entre les effets a un côté très logique, ludique et d’un certain côté pédagogique ; Expliquer au spectateur qu’il existe plusieurs « niveaux de magie » suscite beaucoup d’intérêt. Vous pourrez constater le nombre de fois ou le public vous demandera « combien existe t-il de niveaux ? », « pourriez-vous nous montrer le niveau le plus élevé que vous connaissez ? » etc.
Il ne s’agit pas du tout de classer nos numéros en fonction de leur niveau de difficultés (on sait très bien que le public est tout autant étonné par le Jeu Radio que par 6 enlevages latéraux !) : c’est VOUS qui décidez du classement de vos numéros. Le public fera confiance à votre expertise, et sera de plus en plus attentif pour essayer de capter les subtilités de chaque niveau.
Ainsi, il est très facile d’introduire entre deux numéros indépendants :
« Voilà le premier tour que j’ai appris lorsque j’ai commencé la magie : un tour de niveau 2.»
« Vous voulez vraiment voir un numéro de niveau 1 ? Présenter un tour consternant mais qui brisera la glace sans aucun doute !
« Cela vous dirait de voir un tour de niveau 6 ? »
« Vous savez qu’il existe des niveaux à 2, à 3 chiffres ? Mais si vous êtes sensibles, je vous conseille de sortir ou de fermer les yeux ! »
Technique 3 : Le decrescendo.
Dans l’autre sens, il est possible de créer un decrescendo, non pas de niveau ou d’intérêt, ce qui serait totalement contreproductif et décourageant à suivre !) mais plutôt un decrescendo dans le nombre d’accessoires par exemple.
Imaginez présenter une carte ambitieuse avec deux jeux de cartes, puis un seul, puis un demi-jeu, puis trois cartes, puis une seule carte, pour que ce soit de « plus en plus facile à suivre ! ».
Ou bien utilisez d’abord un jeu imprimé recto-verso, puis uniquement à face blanche, puis avec un jeu blanc sur ses deux faces et enfin, un jeu transparent.
Ou alors, pour « dégager la vision du public », retirer le tapis de cartes, puis la nappe pour révéler une table transparente.
Débarrassez-vous d’accessoires que vous portez : bagues, manches, portez une veste transparente etc.
Imposez- vous une contrainte physique : n’utiliser qu’une seule main, ou fermer les yeux, cachez le jeu sous un foulard, dans un sac…
Technique 4 : La rupture.
Créer des ruptures dans notre prestation est un moyen très efficace pour créer la surprise, et donc l’attention.
Pensez à tout ce qui pourrait créer une rupture dans votre scenario : panne de courant, signal d’alarme, coupure pub, livraison d’un colis, se rendre compte que vous avez oublié quelquechose (un accessoire ou de présenter un tour précédent)
Une situation que j’aime beaucoup interpréter, par son aspect amusant est d’affirmer avec beaucoup de conviction que « je viens de recevoir un flash mediumnique, excusez- moi ! Ça n’arrive pas souvent, mais cette fois cela semble important… Oui ? Bon. Alors je vous transmets le message qui vient de m’arriver… un jeu de cartes ? Oui, j’en ai un ! Un spectateur ? Oui, aussi ! Sait- il mélanger le jeu ? Je pense. Tenez !...Mouais, bof ! » etc.
Ne craignez l’aspect décousu de cette approche, c’est un moment de comédie très apprécié du public, et très amusant à jouer, dans la mesure où elle vous permet de rebondir sur les réactions du public !
Technique 5 : Le leitmotiv.
Au contraire de la rupture qui permet d’enchaîner artificiellement deux éléments sans aucun rapport entre eux, le leitmotiv crée au contraire beaucoup de cohérence à votre enchainement.
Imaginez un accessoire qui apparait sans arrêt à un moment inopportun : des balles mousse au moment d’un carte à la poche, d’une carte au couteau, sous un jeu de gobelets…
Même si en terme de scénario, cet élément n’apporte pas forcément un élément narratif, il montre à votre public la grande cohérence de votre travail et qu’un simple accessoire, une simple réplique utilisés plus tôt va petit à petit devenir l’élément majeur au fur et à mesure que se déroule votre spectacle.
Technique 6 : Le voyage dans le temps.
« Savez- vous que les cartes à jouer existaient déjà dès la Renaissance ? A cette époque, elles avaient des coins carrés. Cette propriété aujourd’hui disparue avait la vertu de montrer ce genre d’effet de niveau 6 ! »
« J’ai ici une pièce chinoise de l’époque médiévale. Celle- ci possède un trou dans son centre, c’est cette caractéristique qui permettait d’utiliser un simple cordon comme porte-monnaie, en enfilant les pièces dessus. Il existe de nombreux tours créés par des magiciens d’Extrême-Orient utilisant cette caractéristique. Laissez- moi vous montrer ! »
« Nous sommes aujourd’hui le 4 novembre, savez- vous que le 4 novembre est la date d’anniversaire exacte de…. »
« Si j’appuie sur ce bouton, il est possible de revenir une minute en arrière, il est possible de me permettre de voir ce qui va se passer dans une minute trente ! »
Si ce concept vous plaît, je ne peux que vous encourager à visionner les films de Christopher Nolan et à voir avec que brio il parvient à emboîter les époques les unes dans les autres.
Technique 7 : Le voyage dans l’espace.
Faire voyager le public dans des lieux différents est un excellent outil (le mélanges du monde, ou les anneaux chinois en sont un excellent exemple)
Voyager dans l’espace dans le sens aérospatial peut aussi être une piste : « si nous devions refaire cet effet sans apesanteur, voici ce qui se passerait ! »
Mais il est aussi possible de créer des « territoires différents » à l’endroit où vous êtes : diviser le tapis de cartes en deux zones grâce à un cordon, un miroir, une vitre (si je fais ceci de ce côté… et si je le fais de ce côté….)
On ne peut raisonnablement pas conclure cet article avec cette dernière technique (effet Manhattan !) mais la suivante est assez longue à expliquer.
Voilà qui me semble être une transition idéale vers un prochain article ! Non ?
Article écrit par Sébastien Thill